La question de l’augmentation de loyer entre deux locataires est cruciale pour de nombreux propriétaires bailleurs souhaitant optimiser la rentabilité de leur investissement locatif, tout en restant dans le cadre légal. Entre volonté de revaloriser le bien et respect des contraintes réglementaires, il est essentiel de bien comprendre les mécanismes encadrant la fixation du nouveau loyer lors du changement de locataire. Cet article fait le point de façon exhaustive sur les règles applicables, les spécificités selon la localisation du bien, les démarches à respecter, ainsi que les solutions pour sécuriser et justifier une hausse de loyer. Vous y trouverez aussi des exemples concrets, des conseils pratiques et un panorama des démarches à effectuer pour augmenter le loyer en toute conformité, que votre logement soit situé en zone tendue ou non.
Que vous soyez propriétaire bailleur, gestionnaire ou futur locataire, bien comprendre les enjeux de l’augmentation de loyer entre deux locataires vous permettra d’éviter les erreurs, d’anticiper les évolutions du marché et de mieux défendre vos intérêts. Suivez le guide pour tout savoir sur ce sujet central de la gestion locative en France.
Les principes généraux de l’augmentation de loyer entre deux locataires

Définition et contexte
L’augmentation de loyer entre deux locataires désigne la possibilité, pour le bailleur, de fixer un loyer librement lors de la signature d’un nouveau bail, à l’occasion du départ d’un locataire et de l’arrivée d’un nouveau. Toutefois, ce principe de liberté connaît de nombreuses limites en fonction de la localisation du logement (zone tendue ou non), de la date du bail précédent et de certaines conditions liées à l’état du marché locatif local.
Pourquoi cette question est-elle si encadrée ?
La loi française encadre strictement la réévaluation du loyer entre deux locataires afin d’éviter les abus, notamment dans les grandes agglomérations où la demande locative est forte. L’objectif est de préserver l’accès au logement, d’éviter la spéculation et de protéger les locataires contre des hausses excessives.
- En zone tendue, le loyer d’un nouveau bail ne peut excéder celui du locataire sortant, sauf exceptions strictement encadrées.
- Hors zone tendue, la liberté du bailleur est plus grande, mais certaines règles demeurent.
Cadre légal
Le cadre légal principal est défini par la loi du 6 juillet 1989 et la loi ALUR du 24 mars 2014. Des décrets spécifiques, notamment ceux relatifs à l’encadrement des loyers (zones tendues et expérimentations à Paris, Lille, Lyon, Montpellier, etc.), précisent les modalités.
Augmentation de loyer entre deux locataires en zone tendue
Qu’est-ce qu’une zone tendue ?
Une zone tendue est une agglomération où la demande de logements est supérieure à l’offre, générant une pression sur les prix. 28 agglomérations françaises, représentant plus de 1 000 communes, sont classées en zone tendue : Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Marseille, Nice, Montpellier, Toulouse, etc.
- Liste complète consultable sur service-public.fr.
- Conséquences : encadrement des loyers à la relocation, préavis réduit à 1 mois pour le locataire, taxe sur les logements vacants.
Encadrement du loyer à la relocation
Dans ces zones, la règle générale est la suivante : le loyer du nouveau bail ne peut excéder celui payé par le précédent locataire, révisé selon l’indice de référence des loyers (IRL), sauf exceptions. Cela vise à limiter les hausses « automatiques » entre deux locations, même en cas de changement de locataire.
| Situation | Règle d’augmentation |
|---|---|
| Pas de travaux ni sous-loyer | Loyer plafonné à celui du locataire sortant (IRL appliqué si non révisé depuis plus de 12 mois) |
| Travaux importants | Augmentation possible, dans la limite de 15% du coût des travaux répercutés sur le loyer annuel |
| Loyer manifestement sous-évalué | Réévaluation possible selon la moyenne des loyers de référence dans le quartier |
| Absence de location depuis plus de 18 mois | Loyer fixé librement |
Exemples concrets
- Un appartement était loué 800 € en 2022. Si le bailleur n’a pas révisé le loyer depuis cette date et que l’indice IRL a augmenté de 2 %, il peut appliquer ce taux lors de la relocation (soit 816 € en 2024).
- Des travaux d’amélioration pour 10 000 € sont réalisés entre deux locations. Le bailleur peut augmenter le loyer annuel de 1 500 € maximum (15 % de 10 000 €), soit +125 € par mois.
Dérogations et exceptions
Trois cas principaux permettent de dépasser le loyer précédent :
- Travaux d’amélioration représentant au moins la moitié de la dernière année de loyer.
- Loyer manifestement sous-évalué, avec preuve via des annonces ou des références de loyers équivalents.
- Reprise après plus de 18 mois de vacance du logement.
Dans tous les cas, le bailleur doit pouvoir justifier la hausse et indiquer les références ou justificatifs dans le bail.
Le cas particulier des zones très encadrées : Paris, Lille, Lyon, Montpellier…

L’encadrement « double » : plafond légal et loyer de référence
Dans certaines villes, un dispositif supplémentaire d’encadrement des loyers s’applique : le loyer, même à la relocation, doit non seulement respecter le plafond de la zone tendue, mais aussi ne pas dépasser le loyer de référence majoré fixé par arrêté préfectoral (ex : Paris, Lille, Lyon, Montpellier, Bordeaux). Ce loyer de référence dépend de la localisation, de la taille et de l’ancienneté du logement.
Fonctionnement du loyer de référence
- Chaque année, un arrêté fixe pour chaque quartier un loyer de référence, un loyer de référence majoré (plafond maximal) et un loyer de référence minoré.
- Le loyer du nouveau bail ne peut excéder la valeur du loyer de référence majoré, sauf complément de loyer dûment justifié (prestations exceptionnelles : vue, terrasse rare, etc.).
Exemple à Paris
- Un 2 pièces de 38 m² dans le 11e arrondissement, loué 1 080 € hors charges au précédent locataire.
- Le loyer de référence majoré pour ce secteur et cette surface est de 28 €/m², soit 1 064 €/mois.
- Le bailleur ne peut augmenter le loyer à 1 200 €, même si le précédent locataire payait moins. Il doit se conformer à ce plafond.
- Si un complément de loyer est appliqué (belle terrasse, vue exceptionnelle), il doit être précisé et justifié dans le bail.
Sanctions en cas de non-respect
Le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation ou le tribunal pour demander une diminution du loyer, voire des dommages et intérêts. Les sanctions financières peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros pour le bailleur en cas d’abus.
Augmentation de loyer entre deux locataires hors zone tendue
Liberté relative du bailleur
Dans les communes non classées en zone tendue, le propriétaire bénéficie d’une liberté beaucoup plus large pour fixer le loyer lors d’un changement de locataire. Il n’existe pas de plafond légal, ni de loyer de référence à respecter, sauf stipulation contraire dans le bail ou dans le cadre de logements conventionnés (ANAH, logements sociaux, etc.).
Limites à la liberté contractuelle
- Le montant doit rester en adéquation avec le marché local : un loyer manifestement abusif peut être contesté par le locataire.
- Le bailleur doit respecter les normes de décence et la réglementation sur les charges.
- En cas de logement conventionné (loyer plafonné par convention avec l’ANAH, par exemple), il faut respecter les plafonds fixés.
Exemple
- Un studio était loué 400 € à Nantes (hors zone tendue). Le propriétaire souhaite porter le loyer à 500 € lors de la relocation. Il n’y a pas de plafond, mais il doit s’assurer que ce montant correspond à la réalité du quartier et du marché.
- Si le locataire considère le loyer comme excessif, il peut saisir la commission départementale de conciliation pour demander une révision.
Conseils pour les bailleurs hors zones tendues
- Réaliser une analyse comparative des loyers sur les annonces de biens équivalents.
- Conserver toute annonce ou justificatif en cas de contestation du nouveau locataire.
- Veiller à la rédaction précise du bail et à la transparence sur les charges.
Démarches et obligations pour augmenter le loyer entre deux locataires
Respecter la procédure légale
Pour toute augmentation de loyer entre deux locataires, le bailleur doit :
- Respecter le délai de préavis du locataire sortant (1 ou 3 mois selon la zone et la situation).
- Justifier toute hausse supérieure à celle permise par l’IRL en zone tendue (travaux, sous-évaluation).
- Informer clairement le nouveau locataire du montant du loyer précédent et de l’augmentation appliquée, en annexant les justificatifs nécessaires au bail.
Documents et mentions obligatoires
- Depuis la loi ALUR, le bail doit mentionner le montant du loyer payé par le précédent locataire (hors zone très tendue, cette obligation peut ne pas s’appliquer).
- En zone tendue : joindre les références de loyers du quartier si une hausse supérieure au plafond est pratiquée.
- En zone d’encadrement renforcé : indiquer le loyer de référence, le loyer précédent, le motif du complément de loyer.
Délais à respecter
- Le nouveau loyer s’applique à la signature du bail avec le nouveau locataire.
- Les hausses (hors IRL) doivent pouvoir être justifiées dès la rédaction du bail.
Sanctions en cas de non-respect
Une hausse non conforme peut être contestée par le locataire dans les 3 ans suivant la signature du bail. La commission départementale de conciliation peut être saisie, puis le tribunal judiciaire. Des sanctions financières (remboursement du trop-perçu, amende) sont possibles.
Textes de loi, références officielles et outils pour les bailleurs
Principales lois et décrets
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs
- Loi ALUR du 24 mars 2014 (art. 17 et suivants)
- Décrets sur l’encadrement des loyers (zones tendues, Paris, Lille, Lyon…)
Outils en ligne pour vérifier l’encadrement du loyer
- Service-public.fr : simulateur de zone tendue et informations sur les plafonds.
- Observatoire des loyers : données de référence par ville et quartier.
- Simulateur PAP.fr : calcul automatique du plafond à la relocation.
Ressources pour les propriétaires et locataires
- ANIL (Agence nationale pour l’information sur le logement) : anil.org
- ADIL (Agences départementales d’information sur le logement) : conseils gratuits pour bailleurs et locataires
- FNAIM, UNPI, associations de propriétaires ou de locataires
Questions fréquentes et cas pratiques sur l’augmentation de loyer entre deux locataires
Peut-on augmenter librement le loyer d’un logement vide à Paris ?
Non. À Paris, en plus du plafonnement en zone tendue, le loyer ne peut excéder le loyer de référence majoré, sauf complément de loyer justifié. Toute hausse doit être motivée et respecter la procédure.
Quels travaux permettent une augmentation de loyer ?
- Les travaux doivent être des travaux d’amélioration (rénovation énergétique, création de salle de bain, équipements neufs) et non de simples réparations ou d’entretien courant.
- Le montant doit au moins représenter 12 mois de loyer pour permettre une dérogation.
Un loyer très bas peut-il être « rattrapé » à la relocation ?
En zone tendue, la hausse est encadrée, mais si le loyer est manifestement inférieur aux loyers pratiqués pour des biens comparables, le bailleur peut demander une réévaluation, à condition de fournir au moins 6 références de loyers équivalents du même secteur.
Quels recours pour le locataire en cas d’abus ?
- Saisir la commission départementale de conciliation.
- Engager une procédure devant le tribunal judiciaire.
- Demander le remboursement du trop-perçu et, le cas échéant, des dommages et intérêts.
Peut-on augmenter le loyer d’un bien meublé différemment d’un bien vide ?
Non, les règles sont identiques pour la majorité des cas, que le logement soit loué vide ou meublé, en ce qui concerne l’augmentation à la relocation en zone tendue.
Conseils pratiques pour réussir l’augmentation de loyer entre deux locataires
Bien préparer son dossier
- Conserver tous les justificatifs de travaux (factures, photos, descriptif détaillé).
- Réaliser une étude de marché en amont pour établir le juste prix.
- Documenter toute hausse supérieure à l’IRL avec des références de loyers comparables.
- Rédiger un bail conforme à la réglementation et mentionner toutes les informations requises.
Optimiser la valorisation du bien
- Prévoir des travaux d’amélioration lors de la vacance locative pour pouvoir justifier une hausse significative.
- Améliorer la performance énergétique (DPE) pour augmenter l’attractivité du bien et la valeur locative.
- Proposer des équipements rares (balcon, parking, cuisine équipée) pour justifier un complément de loyer (en zones concernées).
Anticiper les litiges
- Dialoguer en amont avec le futur locataire sur le montant du loyer et sa justification.
- Être transparent sur la méthode de calcul et les références utilisées.
- Connaître les recours possibles en cas de contestation.
Comparatif des règles d’augmentation de loyer : zone tendue vs hors zone tendue
| Critère | Zone tendue | Hors zone tendue |
|---|---|---|
| Plafond à la relocation | Loyer précédent + IRL, sauf exceptions | Liberté quasi-totale |
| Dérogations | Travaux importants, sous-évaluation, vacance > 18 mois | Aucune (sauf logement conventionné) |
| Documents à fournir | Loyer précédent, justificatifs, références | Justificatifs recommandés |
| Sanctions en cas d’abus | Remboursement, amende, diminution de loyer | Révision possible sur contestation |
| Encadrement renforcé | Oui (Paris, Lille, etc.) | Non |
- L’augmentation de loyer entre deux locataires est strictement encadrée en zone tendue et dans certaines grandes villes.
- Des exceptions existent, mais elles doivent être justifiées et documentées (travaux, sous-évaluation, vacance prolongée).
- Le dialogue, la préparation du dossier et la connaissance du marché local sont les clés d’une relocation réussie et sécurisée juridiquement.
En conclusion, l’augmentation de loyer entre deux locataires est un exercice délicat qui requiert une parfaite maîtrise des règles légales et des spécificités locales. En zone tendue, l’encadrement est strict, et toute hausse doit être rigoureusement justifiée. Dans les zones non tendues, la liberté est plus grande, mais la vigilance reste de mise pour éviter toute contestation ultérieure. Les bailleurs ont donc intérêt à anticiper leurs démarches, à documenter toute augmentation et à rester transparents avec leurs locataires. Le recours aux outils en ligne, aux conseils des ADIL ou d’un professionnel de la gestion locative peut s’avérer précieux pour sécuriser la démarche.
Qu’il s’agisse de maximiser la rentabilité de votre bien ou d’assurer la pérennité de la relation locative, une augmentation de loyer entre deux locataires réussie repose sur la connaissance des règles, la rigueur administrative et le dialogue. Propriétaires, n’hésitez pas à vous entourer de professionnels ou à solliciter des sources officielles pour chaque étape de la relocation, afin d’optimiser votre investissement tout en respectant la législation en vigueur.